Vanilla penicillata est une vanille sauvage d’Amazonie, discrète et peu étudiée, dont le nom vient d’un détail minuscule : une petite touffe en forme de pinceau au cœur de sa fleur. Elle appartient pourtant à la même grande famille que la vanille de nos gousses, celle des vanilles à fruits aromatiques, et c’est pour cela que les chercheurs s’y intéressent.
Moi, Arnaud Sion, Arnaud Vanille, je m’intéresse aux vanilles du Brésil depuis mon arrivée dans le pays en novembre 2015, et depuis 2021 je consacre un article à chaque espèce. Après des années à voyager à Madagascar pour vous proposer la meilleure vanille Bourbon, je vous présente ici la penicillata telle que la décrivent les botanistes : son histoire, comment la reconnaître, où elle vit, comment elle se reproduit et pourquoi elle compte pour l’avenir de la vanille.
- › La carte d’identité de Vanilla penicillata
- › Qui l’a décrite, et pourquoi ce nom ?
- › Comment la reconnaître ?
- › Ma fiche d’identification
- › Où pousse-t-elle ?
- › Comment se reproduit-elle ?
- › A-t-elle un parfum ?
- › Pourquoi elle compte pour la vanille de demain
- › Pourquoi bien nommer les vanilles
- › Comment la protéger ?
- › Les vanilles du Comptoir
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La carte d’identité de Vanilla penicillata
Vanilla penicillata en six repères

L’infographie de Vanilla penicillata, la vanille au pinceau
Qui a décrit Vanilla penicillata, et pourquoi ce nom ?
Elle a été décrite officiellement en 1965 par deux botanistes, Leslie A. Garay et Galfrid C. K. Dunsterville, dans le troisième volume de leur grand ouvrage Venezuelan Orchids Illustrated, consacré aux orchidées du Venezuela. D’où son nom complet : Vanilla penicillata Garay & Dunsterv.
- ›L’étymologie. Penicillata vient du latin penicillatus, en forme de pinceau. Il désigne la touffe dense d’écailles qui orne le centre du labelle, le pétale en trompette de la fleur.
- ›Sa famille. Elle appartient à la famille des orchidées, sous-famille des Vanilloideae, tribu des Vanilleae, genre Vanilla.
- ›Son groupe. Soto Arenas et Cribb, en 2010, l’ont rangée dans le sous-genre Xanata, section Xanata. Elle fait partie du clade des vanilles à fruits aromatiques, le même groupe que la Vanilla planifolia de nos gousses.
Pour replacer la vanille dans sa grande histoire, lisez l’histoire de la vanille.
Comment reconnaître Vanilla penicillata ?
- ›La tige. Une liane grimpante ramifiée, aux tiges vert foncé, lisses et succulentes, jusqu’à 6 mm de diamètre, avec des entrenœuds de 3,9 à 12,5 cm.
- ›Les racines. À chaque nœud, une racine aérienne souple de 1 à 3,5 mm sort sur le côté de la feuille. Elle accroche la liane à son arbre et capte l’humidité de l’air.
- ›Les feuilles. Alternées, elliptiques, épaisses et coriaces, de 5 à 15 cm de long sur 1,1 à 4,4 cm de large, à pointe effilée et légèrement recourbée. Leur chair forme une réserve d’eau pour les périodes plus sèches.
- ›Les fleurs. Une courte grappe donne jusqu’à 8 fleurs, une ou deux ouvertes à la fois. Elles vivent moins de 24 heures, sont très odorantes, avec des pétales et sépales étalés vert blanchâtre à vert jaunâtre.
- ›Le pinceau. Le labelle en trompette est soudé à la colonne sur la moitié de sa longueur. En son centre, une touffe de 4 à 5 mm sur 3 mm, faite de 5 à 7 écailles imbriquées et frangées, prolongée par une zone de petites papilles. La colonne mesure 3 à 3,8 cm, légèrement arquée et duveteuse dessous.
Ma fiche d’identification de Vanilla penicillata
Voici, résumés en une fiche, les points à vérifier pour identifier une penicillata sur le terrain.
Ingrédients
- 1 loupe de botaniste
- 1 règle ou 1 pied à coulisse
- 1 appareil photo
- 1 carnet pour noter le lieu et l'altitude
Préparation
Vérifiez le lieu : forêt humide d'Amazonie, du plateau des Guyanes ou de l'Orénoque, entre le niveau de la mer et 1 000 m.
Mesurez la tige : vert foncé, lisse, succulente, jusqu'à 6 mm de diamètre, entrenœuds de 3,9 à 12,5 cm.
Observez les feuilles : elliptiques, épaisses et coriaces, 5 à 15 cm de long, pointe effilée et recourbée.
Repérez les racines aériennes : une par nœud, sur le côté de la feuille.
Le matin de floraison, sentez la fleur : très odorante, vert blanchâtre à vert jaunâtre, ouverte moins de 24 heures.
À la loupe, cherchez le pinceau : une touffe de 5 à 7 écailles frangées au centre du labelle en trompette.
Écartez Vanilla hartii : fleurs blanchâtres presque sans parfum, labelle denté et ondulé, coussinet triangulaire surélevé.
Photographiez et notez tout, sans prélever : l'espèce est fragile et la collecte illégale la menace.
REMARQUES
Une identification sûre demande l'avis d'un botaniste : pour certaines vanilles, 15 à 50 % des spécimens des bases de données sont mal identifiés.
Où pousse Vanilla penicillata ?
Contrairement à ce que j’avais écrit, ce n’est pas une vanille presque disparue. Son aire de répartition dépasse 4 millions de km², sur le plateau des Guyanes, le bassin amazonien et les régions voisines de l’Orénoque.
| Pays | Où la trouver |
|---|---|
| Colombie | Surtout en Amazonie : Caquetá, dans la Serranía de Chiribiquete vers 550 m, et Vaupés, autour de Mitú. Signalée autrefois dans les Llanos de l’Orénoque |
| Brésil | Nord du pays, État d’Amazonas : forêts de terre ferme, campinaranas sur sables blancs, savanes amazoniennes |
| Venezuela | Pays de sa description, en 1965 |
| Guyane française, Suriname, Guyana | Plateau des Guyanes |
| Bolivie | Limite sud de son aire |
Elle pousse du niveau de la mer jusqu’à environ 1 000 m, dans les forêts tropicales humides, les forêts galeries le long des rivières et les forêts secondaires bien conservées, là où le couvert est dense et l’air très humide. Pour comprendre la vie d’une liane de vanille, lisez comment pousse la vanille.
Comment Vanilla penicillata se reproduit-elle ?
- ›Par des abeilles à orchidées. Comme la plupart des vanilles aromatiques, elle attire des abeilles euglossines mâles, des genres Euglossa, Eulaema ou Eufriesea, avec le bouquet parfumé de ses fleurs. Ces abeilles récoltent les parfums pour séduire leurs femelles. Je raconte ce ballet dans comment les animaux font fleurir la vanille.
- ›Des graines qui ont besoin d’un champignon. Ses fruits sont rares dans la nature. Et ses graines ne peuvent germer qu’avec l’aide de champignons spécifiques, des genres Ceratobasidium et Tulasnella, qui nourrissent la toute jeune plante.
- ›Surtout par bouturage naturel. Elle se régénère donc surtout par voie végétative. Une branche tombe, une tige casse, le fragment s’enracine au sol et grimpe sur un nouvel arbre. Exactement ce que font les planteurs avec les boutures de vanillier.
Résultat : des populations très clairsemées, faites d’individus isolés ou de petits groupes de clones identiques. Cette faible diversité génétique les rend vulnérables aux perturbations. C’est l’opposé de Vanilla bicolor, qui se pollinise toute seule.
Vanilla penicillata a-t-elle un parfum de vanille ?
Ses fleurs sont très odorantes, et elle appartient au groupe des vanilles à fruits aromatiques. Mais soyons honnêtes : ses gousses n’ont pas encore été vraiment étudiées sur le plan aromatique, et elle n’est ni cultivée ni vendue. Je l’avais décrite comme une vanille au « goût subtilement sucré », et je le retire : personne ne peut aujourd’hui décrire son goût avec certitude.
Ce que je peux dire, c’est que les documents que j’ai trouvés au Brésil la rapprochent d’aspect de la vanille bahianaise, et que son appartenance au clade aromatique en fait une piste sérieuse pour explorer de nouveaux profils, en cuisine comme en parfumerie. Pour une vanille brésilienne au parfum déjà bien connu, découvrez la vanille bahianaise.

La vanille bahianaise, à laquelle la penicillata ressemble d’aspect
Pourquoi Vanilla penicillata compte-t-elle pour la vanille de demain ?
Parce que c’est une parente sauvage de la vanille cultivée. Les chercheurs la classent dans le pool génique secondaire de la planifolia, noté GP-2 : un ensemble d’espèces assez proches pour, en théorie, transmettre certains de leurs gènes à la vanille de nos plantations, qui manque cruellement de diversité.
- ›Résister à la fusariose. Les chercheurs y cherchent des gènes de résistance contre Fusarium oxysporum, le champignon qui fait pourrir racines et tiges, que je décris dans les maladies du vanillier.
- ›S’adapter au climat. Elle supporte des variations de pluie et de chaleur, un atout face au réchauffement.
- ›Diversifier les arômes. Son appartenance au clade aromatique en fait une source possible de nouveaux composés parfumés.
On parle déjà de la croiser un jour avec une planifolia comme notre vanille de Madagascar, pour obtenir une vanille plus résistante aux aléas climatiques. C’est encore de la recherche, mais c’est exactement l’esprit de la promesse brésilienne.
Pourquoi est-il si important de bien nommer les vanilles ?
Mon erreur sur le nom de cette vanille m’a fait découvrir une discipline passionnante : l’alpha-taxonomie, l’art de décrire, délimiter et nommer correctement les espèces. Chez les vanilles, elle a longtemps manqué, et les descriptions d’espèces à partir d’un seul spécimen ou d’une flore locale se sont multipliées. Les botanistes parlent d’inflation taxonomique.
- ›Moins d’espèces qu’on le croyait. En 2020, Karremans et ses collègues ont révisé les vanilles d’Amérique tropicale et raméné le nombre d’espèces reconnues de 81 à 62, en plaçant 28 noms en synonymie. Par exemple, Vanilla calyculata, Vanilla esquipulensis et Vanilla hameri sont aujourd’hui rattachées à Vanilla columbiana.
- ›Une conservation faussée. Découper une espèce largement répandue en plusieurs « micro-espèces » fait croire que chacune est rare et menacée. Des moyens de protection limités risquent alors d’aller vers une forme locale commune, au détriment d’espèces vraiment en danger.
- ›Des cartes faussées. Pour modéliser le climat qu’une espèce supporte, il faut connaître toute son aire. Morcelée sous plusieurs noms, elle paraît plus fragile qu’elle n’est.
- ›Des bases de données faussées. Pour certaines vanilles, 15 à 50 % des spécimens numérisés dans les grandes bases internationales sont mal identifiés. Or la génétique et la recherche de gènes contre la fusariose dépendent d’échantillons bien nommés : l’ADN ne remplace pas le regard du botaniste.
Le genre Vanilla est ancien, il se diversifie lentement et compte surtout des espèces de basse altitude à très large répartition, comme la penicillata. C’est pour cela que j’ai mis à jour mon tableau des 33 vanilles dans toutes les vanilles du monde, et mes articles sur Vanilla bicolor et Vanilla palmarum.
Comment protéger Vanilla penicillata ?
Déforestation, fragmentation de la forêt amazonienne et collecte illégale pèsent sur ses populations clairsemées. Sa sauvegarde repose sur trois niveaux.
- ›Sur place. Protéger ses populations dans de grandes réserves, comme le Parc national naturel de la Serranía de Chiribiquete, en Colombie.
- ›Hors de son milieu. Entretenir des collections vivantes dans les jardins botaniques et les banques de gènes, et conserver en laboratoire ou au froid extrême ses graines et ses champignons associés.
- ›Avec les habitants. Intégrer les lianes de vanille sauvage dans des systèmes agroforestiers gérés par les communautés locales, autochtones et rurales, pour concilier biodiversité et revenus.
Pour comprendre ce qui fait fleurir une vanille, lisez comment faire fleurir un vanillier, et pour une autre vanille sauvage du Brésil, la vanille dubia.
Et pour goûter les vanilles qui, elles, se cuisinent ?
La penicillata reste une vanille de botanistes. Pour goûter la grande famille des vanilles aromatiques, voici ma sélection de qualité gourmet.
- ›La référence : la vanille de Madagascar extra, une planifolia, la cousine cultivée de la penicillata.
- ›Le Brésil : notre sélection de vanilles du Brésil, selon les récoltes.
- ›Pour voyager : le coffret fagot de vanilles du monde et mon livre Vanilles du monde.
- ›Pour écouter : nos podcasts et notre chaîne YouTube, pour découvrir le monde de la vanille autrement.
Mon verdict : que retenir de Vanilla penicillata ?
Voici mon récapitulatif, critère par critère.
Vos questions fréquentes sur Vanilla penicillata
Qu’est-ce que Vanilla penicillata ?
Une vanille sauvage d’Amazonie et du plateau des Guyanes, décrite en 1965 par Garay et Dunsterville, reconnaissable à la touffe en pinceau au centre de sa fleur.
Pourquoi s’appelle-t-elle penicillata ?
Du latin penicillatus, en forme de pinceau, pour la touffe d’écailles qui orne son labelle. En anglais, on la surnomme The Brush.
Où pousse Vanilla penicillata ?
En Colombie, au Venezuela, au Brésil, en Guyane française, au Suriname, au Guyana et en Bolivie, du niveau de la mer à environ 1 000 m.
Est-elle menacée de disparition ?
Elle occupe plus de 4 millions de km², mais ses populations sont clairsemées et peu diversifiées, donc sensibles à la déforestation et à la collecte illégale.
Peut-on acheter des gousses de Vanilla penicillata ?
Non. Elle n’est ni cultivée ni commercialisée, et son arôme n’a pas encore été vraiment étudié.
