- Pourquoi pique-t-on l’oignon avec des clous de girofle ?
- D’où vient mon clou de girofle de Madagascar ?
- Comment reconnaître un bon clou de girofle ?
- Comment utiliser le clou de girofle en cuisine ?
- Girofle, cannelle, muscade : le profil comparé
- Clou de girofle et bien-être : que dit la tradition ?
- Comment conserver le clou de girofle ?
Voilà une question que l’on me pose souvent au comptoir : pourquoi diable pique-t-on un oignon avec des clous de girofle ? La réponse tient en une image. On plante le clou dans l’oignon pour ne pas le retrouver dans l’assiette, et surtout pour ne pas croquer dedans par surprise.
Mais derrière ce petit geste de cuisine se cache l’une des plus belles épices que j’importe de Madagascar. Depuis le temps que je sélectionne du girofle sur la Grande Île, j’ai appris à le regarder autrement qu’un simple bouton brun. Laissez-moi vous raconter.

Pourquoi pique-t-on l’oignon avec des clous de girofle ?
L’oignon clouté, c’est un grand classique du pot-au-feu, du bouillon, de la béchamel et de la sauce d’une blanquette. On coupe un oignon en deux (ou on le laisse entier), et on y enfonce deux ou trois clous de girofle par la tête.
La raison est d’abord pratique. Le clou de girofle est petit, dur et pointu : oublié dans un liquide, il se perd et l’on risque de tomber dessus à la dégustation. Planté dans l’oignon, il reste repérable et se retire d’un seul geste en fin de cuisson.
La deuxième raison est aromatique, et c’est la plus belle. L’oignon et le girofle infusent ensemble dans le bouillon. Le girofle parfume tout le plat d’une note chaude et légèrement sucrée, et l’oignon adoucit sa puissance pour qu’aucune saveur ne domine l’autre. C’est un mariage d’équilibre.
Enfin, il y a une raison historique. Autrefois, on savait que le girofle aidait un bouillon à mieux se conserver ; on plantait donc les clous dans l’oignon pour parfumer et garder plus longtemps. Le geste est resté, même si nos réfrigérateurs ont changé la donne.

D’où vient mon clou de girofle de Madagascar ?
Ce qu’on appelle un clou de girofle n’est pas une graine ni une racine : c’est un bouton floral. On cueille la fleur du giroflier juste avant son ouverture, encore fermée, puis on la fait sécher au soleil jusqu’à ce qu’elle prenne cette couleur brun foncé et cette forme de petit clou.
Madagascar est l’un des plus grands producteurs de girofle au monde, avec l’île voisine de Zanzibar. Sur la côte est, autour de Fenerive et de Toamasina, des milliers de familles vivent de cette récolte. C’est là, sur mes terres de cœur, que je choisis le mien.
Ce que je regarde d’abord, c’est la fraîcheur de la récolte. Un girofle qui vient de sécher garde toute son huile essentielle, l’eugénol, cette molécule responsable de son parfum si reconnaissable. Un vieux stock, lui, devient sec et sans âme.

Comment reconnaître un bon clou de girofle ?
Un bon clou de girofle doit être entier, avec sa tige et sa petite tête ronde (le bouton) bien présente. Si le sachet ne contient que des tiges nues sans tête, fuyez : c’est là, dans la tête, que se concentre l’huile essentielle.
Mon test préféré, je le fais depuis toujours : je presse un clou entre l’ongle et le doigt. S’il laisse une trace huileuse et libère un parfum puissant, il est riche et frais. S’il est sec, cassant et sans odeur, il a trop attendu.
Il existe aussi le fameux test de l’eau. Un clou de girofle de qualité, riche en huile, flotte à la verticale ou coule doucement. Un clou qui flotte couché à plat sur la surface est trop sec : son huile s’est évaporée.
Comment utiliser le clou de girofle en cuisine ?
Le girofle est une épice puissante : un peu de main légère et il fait des merveilles ; une pincée de trop et il écrase tout. Ma règle, c’est de le doser au clou, jamais à la cuillère.
En salé, il illumine les plats mijotés : pot-au-feu, bœuf bourguignon, choux braisés, marinades de gibier. C’est aussi lui qu’on trouve dans le pain d’épices, le ras el-hanout, le garam masala et le mélange quatre-épices, aux côtés de la muscade et de la cannelle.
En sucré, il est superbe avec les fruits cuits : une compote de pommes, des poires pochées, une confiture de cerises. L’hiver, il parfume le vin chaud ; l’été, je le glisse discrètement dans un sirop pour une limonade maison ou dans une infusion glacée de fruits rouges.
Dernier conseil de comptoir : on ajoute le girofle en début de cuisson pour qu’il infuse lentement, et on le retire avant de servir. Entier, il donne le meilleur de lui-même ; moulu, il s’épuise vite et vire à l’amertume.
Girofle, cannelle, muscade : le profil comparé
Pour aider mes clients à situer le girofle parmi les grandes épices chaudes, j’aime dessiner son profil sensoriel. Voici le clou de girofle de Madagascar comparé à deux compagnons de toujours, la cannelle et la muscade.
On voit tout de suite ce qui distingue le girofle : une puissance aromatique au sommet, cette note chaude et légèrement camphrée qui n’appartient qu’à lui, et une longueur en bouche impressionnante. La cannelle joue le sucré et la rondeur, la muscade la douceur boisée. Trois épices, trois rôles complémentaires.
Clou de girofle et bien-être : que dit la tradition ?
Le clou de girofle a une longue histoire d’usage traditionnel. Nos grands-mères en gardaient toujours quelques-uns dans un pot, et l’eugénol qu’il contient est aujourd’hui bien connu des parfumeurs comme des aromathérapeutes pour son odeur chaude et puissante.
Dans la tradition, on lui prêtait des vertus assainissantes : c’est pourquoi on piquait autrefois une orange de clous de girofle pour parfumer les armoires, ou pourquoi certains gardaient un clou en bouche. Ce sont des usages anciens, transmis de génération en génération, que je vous partage comme un héritage culinaire et non comme un remède.
Comment conserver le clou de girofle ?
Le clou de girofle entier se garde très longtemps, un an et plus, s’il est à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité. Un bocal en verre bien fermé, dans un placard loin de la plaque de cuisson, c’est tout ce qu’il demande.
Je conseille toujours d’acheter le girofle entier plutôt qu’en poudre. Entier, il garde son huile essentielle prisonnière ; en poudre, il la perd en quelques semaines. Vous le moudrez au dernier moment, à la râpe ou au mortier, quand une recette le demande.