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Vanille appendiculata Rolfe

Par Arnaud Sion
11 minutes lire

Au cœur de l’Amazonie et du plateau des Guyanes pousse une vanille sauvage aux gousses parfumées, que presque personne n’a jamais goûtée : Vanilla appendiculata. Proche cousine de la vanille de Madagascar, elle n’est cultivée nulle part, mais les chercheurs la considèrent comme l’un des parents sauvages les plus précieux de la vanille que nous consommons. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je vis au Brésil depuis 2015 et je suis de près les recherches sur les vanilles natives du pays. Voici tout ce que l’on sait de cette vanille amazonienne : son identité, sa biologie, ses cachettes, et pourquoi sa disparition serait une vraie perte pour la vanille de demain.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaQuand on parle de l’Amazonie, on pense au soja, au bétail, aux incendies. On pense rarement aux vanilles. Pourtant, chaque hectare de forêt qui disparaît dans l’arc de déforestation emporte peut-être des lianes qui portent les gènes dont la vanille cultivée aura besoin pour survivre aux maladies. Je ne pourrai jamais vous vendre de la vanille appendiculata, et c’est très bien ainsi : elle doit rester dans sa forêt. Mais je peux vous la faire connaître, parce qu’on ne protège bien que ce que l’on connaît.

Vanilla appendiculata en un coup d’œil

Carte d’identité botanique

NOM SCIENTIFIQUEVanilla appendiculata Rolfe
DÉCRITE EN1895, jardins botaniques de Kew
GROUPESous-genre Xanata, vanilles aromatiques
AIREAmazonie, plateau des Guyanes
SIGNE DISTINCTIFGousse renflée à son sommet
STATUTÉvaluée en danger
La vanille néotropicale Vanilla appendiculata, vanille sauvage d Amazonie

La vanille néotropicale : Vanilla appendiculata, une vanille sauvage d’Amazonie

Une cousine de la vanille de Madagascar

Le botaniste anglais Robert Allen Rolfe, grand spécialiste des orchidées aux jardins botaniques royaux de Kew, a décrit Vanilla appendiculata en 1895. Son nom vient du latin appendicula, « petit appendice », en référence aux petites excroissances qui ornent le labelle de sa fleur.

Elle appartient au sous-genre Xanata, celui des vanilles aromatiques, à feuilles épaisses et charnues, et au labelle en partie soudé à la colonne. C’est le même sous-genre que Vanilla planifolia, la vanille de Madagascar, et c’est ce qui la rend si intéressante : les deux espèces peuvent se croiser. On l’a longtemps rangée dans le groupe de la planifolia, mais les analyses génétiques récentes la placent dans une lignée distincte, avec trois autres vanilles d’Amérique du Sud : V. hartii, V. rupicola et V. schwackeana, que je présente dans ma fiche sur la vanille schwackeana.

Comment reconnaître Vanilla appendiculata ?

La liane. C’est une orchidée grimpante hémiépiphyte qui colonise le sous-bois des forêts humides. Elle s’accroche aux arbres par une racine aérienne à chaque nœud, fine d’environ 2 mm. Ses tiges vert foncé, lisses, cylindriques et souples, mesurent environ 7 mm de diamètre, avec des entre-nœuds de 3 à 7 cm. Sur les berges du Mato Grosso, elle dépasse rarement 5 mètres de haut, et pousse de façon isolée, en petits peuplements peu denses.

Les feuilles et leur pointe. Nettement pétiolées, épaisses et coriaces, elles mesurent 12 à 17 cm de long pour 5 à 7 cm de large, en forme d’œuf inversé ou de spatule. Le détail qui trahit l’espèce est leur extrémité : une petite pointe courte et raide, dite cuspidée, là où ses cousines ont une pointe longue et effilée.

Des fleurs spectaculaires. Les grappes naissent surtout au sommet des tiges et portent de 8 à 30 fleurs éphémères. Les sépales et pétales, vert jaunâtre à crème verdâtre, sont étalés ; les pétales portent une carène sur le dos. Le labelle, blanc à crème avec une gorge jaune vif, est soudé à la colonne sur sa moitié inférieure pour former un tube. Au centre, une touffe d’écailles en pinceau est suivie de petits appendices en forme de doigts qui s’étendent vers le bord ondulé : ce sont eux qui ont donné son nom à l’espèce.

Une gousse qui ne ressemble à aucune autre. Le fruit, charnu et aromatique, mesure 10 à 17 cm. Mais au lieu de s’affiner régulièrement aux deux bouts comme une gousse de Madagascar, il est nettement renflé vers son sommet, avec une base courbée, et se tient dressé sur la plante.

Fleur d orchidee de vanille

Une fleur d’orchidée vanille : chez l’appendiculata, le labelle porte de petits appendices en forme de doigts

Vanilla appendiculata face à Vanilla planifolia

Vanilla appendiculata face à Vanilla planifolia
Caractère Vanilla appendiculata Vanilla planifolia
Origine Amazonie et plateau des Guyanes, sauvage Mexique, cultivée dans toute la zone tropicale
Feuilles Pétiolées, pointe courte et raide Charnues, pointe effilée
Fleurs par grappe 8 à 30, grappe au sommet des tiges Grappes à l’aisselle des feuilles
Labelle Touffe d’écailles et appendices en doigts Touffe d’écailles
Gousse 10 à 17 cm, renflée au sommet, dressée Régulière, effilée aux deux bouts, pendante
Pollinisation Abeilles euglossines, 2 à 5 % de fruits À la main en culture
Culture Aucune, recherche et conservation Plus de 95 % du marché mondial

Pour tout savoir sur sa cousine cultivée, lisez mon guide de Vanilla planifolia.

Comment Vanilla appendiculata se reproduit-elle ?

Des fleurs d’un jour. Ses fleurs s’ouvrent tôt le matin et fanent en 12 à 24 heures. Elles sont pollinisées exclusivement par les mâles d’abeilles euglossines, des genres Eulaema et Euglossa, attirés par les composés parfumés que la fleur émet au fond de son tube. Ces abeilles aux reflets métalliques récoltent les parfums pour séduire leurs femelles, et transportent le pollen au passage. Mais les visites sont rares : dans la nature, moins de 2 à 5 % des fleurs donnent un fruit. Pour comprendre ce mécanisme, lisez la fécondation naturelle de la vanille.

Le bouturage naturel. Comme les graines germent difficilement, les populations sauvages se renouvellent surtout d’une autre façon. Quand une branche ou un arbre tombe, la liane se brise ; les morceaux de tige s’enracinent dans la litière de la forêt, puis repartent à l’assaut des arbres voisins. C’est exactement le principe du bouturage qu’utilisent les planteurs, que j’explique dans comment pousse la vanille. Revers de la médaille : un peuplement issu de boutures est très homogène génétiquement, donc fragile.

Où pousse Vanilla appendiculata ?

Elle vit du niveau de la mer jusqu’à environ 800 mètres d’altitude, dans des milieux amazoniens très variés.

TERRA FIRMELes forêts de terre ferme, jamais inondées.
IGAPÓLes forêts inondées par les rivières aux eaux noires.
CAMPINARANALes forêts basses sur sables blancs.
BURITIZAISLes palmeraies sauvages de buriti, Mauritia flexuosa.

On la trouve dans six pays : le Brésil, la Colombie, le Pérou, le Guyana, le Suriname et la Guyane française. Au Brésil, elle est présente dans les États du Nord, Acre, Amazonas, Pará et Roraima, jusqu’au Mato Grosso, qui marque la limite sud de son aire. Là, on la trouve notamment sur les berges ombragées et humides du rio Teles Pires, dans cette zone de transition où l’Amazonie rencontre le Cerrado. En Colombie, elle a été identifiée autour de Leticia, dans le département d’Amazonas.

Les vanilles du Mato Grosso

Le Mato Grosso, grand État agricole du centre-ouest brésilien, connu pour le soja, le coton et le guarana, abrite aussi une étonnante diversité de vanilles sauvages. Voici celles que l’on y rencontre.

Quelques vanilles du Mato Grosso
Espèce Ce qu’il faut savoir
Vanilla appendiculata Limite sud de son aire amazonienne
Vanilla chamissonis Grande liane aux gousses anisées
Vanilla pompona La vanille-banane, aux gousses géantes
Vanilla planifolia L’espèce de la vanille de Madagascar
Vanilla eggersii, V. lindmaniana, V. ribeiroi Espèces plus rares et méconnues

Pour découvrir les autres vanilles du pays, lisez la vanille du Cerrado, la vanille pompona et mon panorama de la vanille brésilienne.

Feuille de vanillier

Feuille de vanillier : chez l’appendiculata, sa pointe courte et raide est un signe d’identification

Cultive-t-on la vanille appendiculata ?

Non. Contrairement à Vanilla planifolia, qui représente plus de 95 % du marché mondial et se cultive à Madagascar, en Indonésie ou au Mexique, Vanilla appendiculata n’est produite nulle part à l’échelle agricole. C’est une vanille strictement sauvage. Elle est conservée dans des banques de ressources génétiques, parfois sous forme de cultures in vitro, et valorisée dans des projets de recherche en agroforesterie ou de conservation menés avec les communautés locales. Au Brésil, la création d’une première banque de gènes de vanilles natives va dans ce sens.

Ses gousses sont aromatiques, comme celles des autres vanilles du sous-genre Xanata, mais aucune analyse détaillée de leur parfum n’a été publiée à ce jour. Je ne vous en proposerai donc ni pyramide olfactive ni profil de saveurs : ce serait de l’invention.

Pourquoi ses gènes sont-ils si précieux ?

La vanille cultivée souffre d’un mal profond : multipliée par bouturage depuis des siècles, elle n’a presque plus de diversité génétique. Ses plantations sont très vulnérables au réchauffement climatique et à la fusariose, une pourriture des racines causée par le champignon Fusarium oxysporum, qui ravage les vanilleraies du monde entier.

Vanilla appendiculata fait partie des parents sauvages proches de la vanille cultivée, ce que les agronomes appellent le réservoir génétique secondaire. Adaptées aux sols acides et humides de l’Amazonie, ses populations porteraient des gènes de résistance à cette pourriture des racines, ainsi qu’une meilleure tolérance à la chaleur et aux variations d’humidité. Et comme elle appartient au même sous-genre que V. planifolia, les deux espèces sont compatibles : on peut envisager de les croiser pour transmettre ces qualités à la vanille cultivée. Pour comprendre les enjeux du marché, lisez la vanille, un potentiel culinaire, thérapeutique et économique.

Une vanille en danger

Malgré une aire de répartition qui couvre une bonne partie de l’Amazonie, Vanilla appendiculata est évaluée en danger. Dans les zones les plus dégradées de la frontière agricole, comme le sud de l’Amazonie dans le Mato Grosso, ses populations sont même considérées comme en danger critique.

Les quatre menaces qui pèsent sur elle
Menace Ce qui se passe
Déforestation Coupes pour l’élevage, le soja et le bois, le long de l’arc de déforestation amazonien
Mines Destruction des forêts sur les socles rocheux
Climat Risque que la floraison ne coïncide plus avec la présence des abeilles pollinisatrices
Génétique Des peuplements issus de boutures naturelles, trop homogènes pour encaisser les chocs

Pour la sauver, les spécialistes préconisent trois leviers : protéger son milieu, avec des réserves dans les zones prioritaires et des systèmes agroforestiers participatifs ; la conserver hors de son milieu, dans des jardins botaniques et des banques de tissus in vitro ; et associer les peuples autochtones et les communautés locales au repérage et à la surveillance des pieds sauvages. Je défends la même logique pour toutes les vanilles brésiliennes : on les sauvera avec ceux qui vivent la forêt, pas contre eux.

Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion
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Vos questions fréquentes

Peut-on acheter de la vanille appendiculata ?

Non. Elle n’est cultivée nulle part et ne se trouve qu’à l’état sauvage. Comme toutes les orchidées sauvages menacées, elle doit rester dans sa forêt.

Ses gousses sont-elles parfumées ?

Oui, elles sont aromatiques, comme celles des autres vanilles du sous-genre Xanata. Mais leur profil aromatique n’a pas encore fait l’objet d’analyses publiées.

Comment la distinguer des autres vanilles ?

Par la pointe courte et raide de ses feuilles, par les petits appendices en doigts de son labelle, et surtout par sa gousse renflée au sommet, qui se tient dressée sur la liane.

Où pousse-t-elle au Brésil ?

Dans les États du Nord, Acre, Amazonas, Pará et Roraima, et jusqu’au Mato Grosso, notamment sur les berges du rio Teles Pires.

Pourquoi est-elle importante pour la vanille cultivée ?

Parce qu’elle peut se croiser avec Vanilla planifolia et qu’elle porterait des gènes de résistance à la pourriture des racines et au stress climatique, deux menaces majeures pour les plantations.

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Depuis 2010, je sélectionne des vanilles d’exception pour les passionnés comme pour les professionnels.

À découvrir en boutique

Pour continuer : la vanille uncinata, une autre vanille d’Amazonie, la vanille bahiana et mon panorama de toutes les vanilles du monde.

Une gousse dressée vers le ciel, des fleurs d’un matin, des gènes qui pourraient sauver nos plantations : Vanilla appendiculata est l’une de ces richesses discrètes de l’Amazonie qu’il faut connaître avant qu’il ne soit trop tard.

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